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Compte-rendu UltraOff Toulouse-Montpellier 235km

Compte-rendu UltraOff Toulouse-Montpellier 235km

Compte-rendu UltraOff Toulouse-Montpellier 235km

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Organisme dons : UNICEF France
Trajet : Toulouse – Montpellier 238km
Participant : Paul Manesco
Revue de presse : Cliquez ici
Date de départ : 18 mars 2021 à 15h40
Date d’arrivée : 21 mars 2021 à 20h10
Durée totale : 76 heures (3 jours et 4 heures)

Message avant le départ :
« La raison de cet engagement n’est pas sportive mais humaine. Qui n’a pas imaginé de s’arrêter 2 jours dans son rythme de vie, de faire une parenthèse réelle avec son rapport au monde ? J’ai choisi d’associer cette course à UNICEF France pour plusieurs raisons :
– partager ce moment fort pour une cause noble, donner du lien et du sens à son action
– apporter une modeste contribution aux enfants qui sont dans le besoin,
– courir pour et avec les autres est une façon de ne pas être seul pendant l’effort, le partage est à double sens. »

Compte-rendu UltraOff 235km Toulouse-Montpellier – 22 mars 2021

Aussi fort que peut paraître un engagement physique, il n’est à mon sens pas réalisable s’il n’y a pas deux ingrédients : le sens qu’on veut lui donner et l’équipe de soutien qui vous pousse de manière invisible.

A la question « mais pourquoi fais-tu cela ? » il y a deux façons de répondre : Soit « mais pourquoi poses-tu la question ? » en suivant le vieux conseil des sages bouddhistes qui martèlent que le problème de l’homme est de toujours vouloir des réponses. Ne plus poser la question est un problème en moins à résoudre. Sic. L’autre façon, plus terre à terre, consiste à dire que je fais cela pour apprendre en retour et pour partager. Ni plus ni moins. Le voyage, comme la vie, est une source inépuisable d’occasions pour apprendre. Apprendre à progresser, à accepter ses émotions, ses doutes mais aussi ses joies. Un défi de cette nature est une opportunité, je le vis comme tel.

Il n’est pas question de performance sportive. Si on se focalise sur le chrono, on va passer à côté. Personne ne peut faire un meilleur temps chargé avec tout l’équipement. C’est aussi simple que ça. La première leçon est de lâcher le chrono. Il ne s’agit pas de « faire un temps » mais d’arriver vivant (pour que ça rime).

A une minute près, j’ai failli rater mon train pour Toulouse car j’ai oublié le portable à la maison (merci Hervé à nouveau). Je suis parti fatigué par une lombalgie aiguë qui ne m’a lâché qu’au 2e jour. Mais y a-t-il toujours un moment parfait pour partir ? Je n’étais pas totalement prêt, je suppose qu’on ne l’est jamais vraiment. Les choses se déroulent comme elles doivent se dérouler. A vouloir tout contrôler on risque de ne jamais partir.

Départ de la gare de Toulouse Matabiau à 15h30 le jeudi 18 mars 2021. J’ai appelé la Mairie de Caraman, un village à 30km de Toulouse pour demander un garage ou une grange pour passer quelques heures à l’abri pour la nuit. Ils ont été adorables et m’ont ouvert une remise remplie de vieux bouquins qui sentaient bon une autre époque. Repas lyophilisé avec mon super réchaud de 18g à alcool, le P3RS. Bonne nuit au calme et départ très tôt le lendemain sous une petite pluie fine. J’alterne chemins boueux et petites routes communales, j’ai fait la trace en essayant d’éviter au maximum les routes départementales beaucoup trop fréquentées et dangereuses à pied (merci B.V. de Balma !). Sur la route, café et gâteaux offerts par la Mairie de Belleserre dans le Tarn (solidarité encore). Vers midi je rencontre un gars qui court sous la pluie en sens inverse et qui me dit « C’est toi le type qui fait Toulouse-Montpellier à pied ? » Incroyable, il avait vu un article dans la Dépêche du Midi. Le temps se lève dans l’après-midi et les premières images de la Montagne Noire apparaissent derrière les vapeurs montantes. Mazamet n’est plus qu’à 10km lorsqu’un « mur » de tempête arrive par l’ouest et une pluie agrémentée de grêle se lâche. J’ai à peine le temps de mettre ma veste et mon pantalon imperméables et je continue. Mon sac n’est pas étanche mais toutes les affaires et l’électronique sont à l’intérieur de poches Zip étanches.  Après un premier hôtel fermé, je prends à la hâte une chambre chez l’habitant. Après 64km, quelle joie de retrouver Hervé qui est venu à ma rencontre en vélo et qui avait pris la neige sur la Montagne Noire. Nous profitons d’une douche chaude et d’une soupe aux légumes.

Deuxième jour, départ avant l’aube pour 76km de voie verte, la Passa Païs qui relie Mazamet à Bédarieux. Il fait froid et humide. La piste est faite de terre stabilisée, un régal pour les pieds contrairement à l’asphalte. Je peux, pour une fois, ne plus faire attention aux voitures, et me concentrer sur ma marche rapide. Les mouvements sont automatiques et j’avance à 7km/h sur des dizaines de km. Parfois, pour me reposer, je ferme les yeux pendant une minute tout en marchant, le bruit de l’herbe sur les côtés m’indique lorsque je ne marche pas droit. Les villages de la vallée défilent les uns après les autres, St-Pons de Thomieres, Olargues, Mons, Lamalou les Bains. Quel confort de pouvoir chauffer de l’eau en 5 minutes et de manger un repas chaud en sachet à la demande. Un énorme souci en moins. Je n’aurai pas cette chance le lendemain. La journée est belle, je fais quelques rencontres. Hervé visite à vélo et je le revois de temps en temps pour boire un café et pour manger. L’après-midi, sous un fort vent d’ouest, Stéphane vient à ma rencontre en VTT et en sens inverse. A nouveau, une très grande joie de voir les copains débarquer pour me soutenir. Merci les gars ! Le repas du soir, riz cantonais et nems, suffit à peine à combler les calories dépensées en journée. Bivouac entre les camping-cars au bord du ruisseau.

Troisième et dernier jour, départ avant 6h par une montée aux sources de Bédarieux et un majestueux lever de soleil qui éclaire toute la vallée de l’Orb. La montée n’est pas très longue mais très pentue. Vers midi, je suis à hauteur de Clermont l’Hérault, perdu dans des petits chemins qui passent par une ferme privée (trace à changer au retour), des champs remplis de chevaux et des petits villages pittoresques. Petit à petit, le paysage s’ouvre et j’aperçois le Pic Baudille sur la gauche. La vallée de l’Hérault est juste là, à quelques kilomètres. Sous une Tramontane glaciale, je passe mon temps à me couvrir et me découvrir pour dépenser le moins de calories possibles. Je sais que la journée va être longue. Les jambes tiennent bon mais les pieds envoient des signaux inquiétants, tendons et ligaments commencent à réclamer du repos. Il reste un marathon pour finir la journée et mes ressources diminuent mais je me lamenterai plus tard. Je pense à tous les gens qui n’ont pas choisi d’endurer, eux, les gens qui doivent marcher des jours entiers pour sauver leur peau ou bien à nos ancêtres qui faisaient tout à pied. A-t-on vraiment évolué dans le bon sens ? Sous couvert de progrès social, nous avons collectivement enfanté une modernité monstrueuse à beaucoup d’égards. Un retour aux choses simples n’est-il pas indispensable avant de pouvoir penser l’avenir de nos enfants ? Je n’ai jamais été aussi content de revoir le panneau Montpellier ! Mon voisin Michel s’est gentiment proposé de venir me chercher et me ramener à la maison.

Mon périple à pied de Toulouse à Montpellier a duré 76 heures en tout (3 jours et 4 heures). Une cagnotte au profit d’UNICEF France a été collectée. Merci du fond du cœur à ceux qui ont donné pour les enfants et aux médias qui se sont associés à ce projet. Cette aventure n’aura finalement été qu’un prétexte pour avancer dans la vie. Avec des sentiments de joie et de peine, le tout concentré en 76 heures. Des amis qui sont là, physiquement, au téléphone ou derrière leur écran. Du partage et encore du partage.

A tout refaire, je prendrais 4 jours complets pour ne pas me rentrer dedans à chaque fin de journée.

Album photo complet : https://photos.app.goo.gl/NZ34HC39QtmB8hqo9

A bientôt,
Paul